Fusain et Bastien !!!

C’était un jour à hésiter entre fouler le sable ou le voir être foulé… Pas d’affiche vraiment alléchante sur le calendrier taurin … Décision de dernière minute, c’est l’iode que je choisis mais dans les arènes ! Je dois dire que j’ai rarement été déçue par l’organisation du club taurin « Lou Gregaù » de la Grande Motte. Depuis des années leurs courses tiennent la route.

Avant l’heure de la course, l’école taurine de Mauguio, rasète joliment deux taureaux de la manade Rambier, puis la capélado est mise en place par le « cordon camarguais » de Nîmes sans chichi, traditionnellement.

De plus j’ai souvent le même vison que le jury de ce club en ce qui concerne les prix attribués. Je trouve qu’en quelque sorte ils ont gardé l’esprit camarguais, le brut, celui que je qualifierai de vrai !

Sans avoir vu une course qui atteint des sommets, j’ai vu une vraie course camarguaise.

Merci à ces gens là et à tous ceux qui continueront dans ce sens.

Pour développer un peu plus, plusieurs facteurs ont joué :

-Tout d’ abord, même si elles n’ont aucun coté esthétique, ces arènes me plaisent, il y a le choix entre ombre et soleil et le spectateur peut être tout près de l’action, c’est déjà un bon début.

-Le président « Jacques Valentin » a en ce jour attribué les Carmen sans excès, au début je l’ai pensé un peu sévère mais en y réfléchissant, il redonne là tout son sens à l’air de bizet qui ne doit récompenser que les meilleurs. Qu’un taureau ne l’ai pas ne veux pas dire qu’il est définitivement mauvais, mais tout simplement que sa course n’a pas rempli tous les critères, celui qui l’écoute par contre s’en voit grandi si les six autres ne l’ont pas forcément eu. Donc merci, président d’avoir redoré le blason de cet air d’opéra.

-Le choix des taureaux n’est évidemment pas anodin, la première partie est costaud, la seconde plus gaie et l’on finit par un jeune qui peut faire la planche, il me semble que toute les courses devraient être montées comme ça.

-Dernier point, il y avait une équipe de bosseurs en piste, en nombre. Il est certain qu’il y a eu certaines petites frictions entre tourneurs mais je préfère ça, à des courbettes hypocrites et des temps mort où l’on s’ennui. Comme l’as des as l’a fait très justement remarquer «c’est le taureau qui fait la course des hommes,  si il se tient cul à la planche personne ne partira du centre »

Après ce prologue, un peu long, (toutes mes excuses), passons à la prestation des taureaux et des hommes.

Aujourd’hui je commencerai par les noirs :

Fusain (Cavallini), je vais encore faire un compliment …au manadier. Avoir sorti, Fusain en premier, catégorie supérieure s’est révélé être le bon choix ! Fusain a pris la mesure de  ses cornes « arreglado »* et s’en sert au contact, envoyant, une, deux, voire trois fois lorsque le crochet s’approche de ses pompons. Ses bannes moins pointues restent quand même impressionnantes et donnent parfois le frisson à l’arrivée. Après le tourbillon blanc pour l’obtention de ces attributs qu’il défend avec hargne, Fusain, placé, s’exprime pleinement, finissants les actions sincères au-delà des bois, la corne menaçante. Il tient son rôle à merveille étant malgré tout travaillé sans relâche et acceptant le combat sans rechigner. Il conserve ses ficelles. On peut entendre résonner un Carmen bien mérité qui peut être partagé avec ses adversaires !

Pétras (L’ilon) est un joli taù, très vif, avec des reins en caoutchouc. Sur les rasets courts il ferme la porte, sur les longs il anticipe. Il manque de mordant une fois la tête passé. Il effectue presque treize minutes, agréables et sans temps mort, c’est un bébé face à des pros, il n’écoute pas le disque mais peut être que plus tard … Qui vivra verra.

Apis (Brestalou) est toujours digne de son nom (Apis est symbole de fertilité, de puissance sexuelle et de force physique.) Il se laisse toucher la tête par les gauchers mais sans jamais les suivre, l’œil toujours sur les droitiers qu’il ne se lasse pas de chasser, démontrant là, son anticipation et sa vitesse. Il se place où il veut et ne fait que ce qu’il veut. Il ramène une ficelle à Monvert en silence.

Chanéac (Chaballier) sort à la place de la star et aujourd’hui en tout cas, il n’est pas au niveau. Il court, il court Chanéac… trop brave il accepte toutes les invites sans discernement. Les tourneurs le malmènent, l’empêche de changer de terrain, le président prévient, mais en ce jour Chanéac n’est pas au niveau. En huit minutes trente il est nu est s’en retourne comme il est venu.

Khéops (Joncas) se laisse un peu surprendre aux rubans mais se reprend vite. Il a de bon principe et pas besoin d’atoll, il a une excellente vue. Son placement est légèrement décollé, il piste les départs, fait le pas et va au bout. Un joli combat et dans la bourre, il brille. Il s’en retourne à la montagne, une ficelle sur les cornes avec l’air de bizet dans la tête.

Condor (Lautier) est brave, vaillant et sans vice sur le raset. Les pas de deux sont cadencés et quelques arrivées sentent le danger. Ses presque neuf minutes de courses ne sont pas lassantes et il a droit aux honneurs.

Chouan (Lafon) est un bébé râleur, qui finit à la barricade, il rentre cornes nues en musique, à la der.

Coté blanc :

Allouani, toujours réservé  comme depuis le début de la saison, mais avec des actions qui font que l’on n’oublie pas qui il est.

Ouffe  est égal à lui-même, un cœur énorme, une grande envie, des prises de risques mais parfois un manque de main râlant.

Gleize, c’est Gleize, un garçon adorable, qui rasète à sa façon, mais qui donne tout ce qu’il a.

Clarion, quand il est comme ça, c’est un top ! Un manque de chance évident aussi mais très agréable des gradins.

Jockin, et bien c’est Jockin, parfois des rasets coquins et le facteur chance souvent avec lui.

Auzolle parfois c’est très bon, des fois c’est vraiment décevant … Par contre zéro pointé aux gens qui le sifflent pour rien !

Bénafitou … Je ne l’ai jamais écrit je crois mais il m’agace !!!!! Sa facilité est déconcertante tout autant que son flegme ! Un corps d’athlète qu’il ne met pas à profit, pour la course camarguaise en tout cas !

J’ai gardé le meilleur pour la fin :

Bastien four ! C’est une présence, un savoir impressionnant, autant dire qu’il peut se passer aisément de tourneur, il est où il faut, quand il faut, il sait tout faire et récolte légitimement. En plus de ses qualités de raseteur, son sourire franc, ses propos et son humilité le classent déjà parmi les grands, moi j’y crois dur comme du fer !!!

Les lauréats de cet après midi sont le jeune homme sus cité et Fusain. Ce qui prouve qu’être premier n’est pas synonyme de mauvais, pour ma part bien au contraire, pour tenir dignement cette place, il faut en avoir … du caractère J

                                                          Esméralda (photo nico)

*arreglado (reparado) réparé(e); (ropa) retouché(e).

Dernière mise à jour de cette page le 29/06/2009